A la vie, à la mort.

29/09/2020

Introduction 

Je ne me présente pas. Je n'ai pas de nom, enfin aucune identité fixe connue. Beaucoup m'appellent LA MORT. LA MORT a encore frappé. LA MORT est passée par là. Je ne suis qu'un liquidateur parmi tant d'autres dans le monde. J'ai une multitude d'identités et je n'ai qu'un seul client, ils sont nombreux et ils sont partout, le nouvel ordre mondial, voilà son nom. Je n'en connais aucun et aucun ne me connait, ils n'ont qu'une boîte mail et un numéro de portable pour me contacter en cas de besoin, je n'ai qu'une adresse mail pour leur répondre. Je vais vous raconter mon histoire, mon travail. Mais avant tout, je voudrais juste vous expliquer un truc, n'essayez pas de m'imaginer, je suis peut-être un voisin, un collègue ou votre livreur de pizza, peut-être même le nouveau clochard au pied de la gare, vous savez ces gens qu'on ne voit pas, toujours discrets, presque effacés. Si vous êtes en vie, c'est que je n'ai pas encore reçu de contrat sur votre tête et c'est le plus important pour vous. Moi, je m'en fous royalement, vous ou un autre, quelle différence ? J'appuie sur une détente, un type se raidit. La mort n'est pour moi qu'un business, mon business.

Samedi 15 février 1997 - Ça s'engueule encore chez les Marmet, annonça Henry à sa femme Yvette qui débarrassait la table du souper. - Ils finiront par s'entre-tuer ces deux-là, lui répondit celle-ci, en regardant le journal télévisé de Patrick Poivre D'Arvor. Il était vingt heures trente. Henry et Yvette, un petit couple de retraités demeurant à Aubagne, petite ville du sud de la France entre Marseille et La Ciotat, le pays de Marcel Pagnol. Ils vivaient au 14, rue de Guin au premier étage d'une ancienne maison de ville divisée en trois appartements. Ils étaient habitués aux grandes engueulades du couple Marmet, François et Évelyne, leurs voisins du 16. François travaillait à l'usine Gambetta et passait beaucoup de temps au bar avec ses collègues. Sa chevelure poivre et sel cernait un visage rubicond dans lequel étaient serties deux prunelles noires. Évelyne était une mère au foyer. Ses cheveux blond vénitien et ses yeux bleus auraient suffi à attirer beaucoup de regards d'homme si elle pouvait prendre le temps de s'occuper d'elle. Mais François était déjà tellement jaloux alors pourquoi en rajouter.

 - Sale trainée, tu es encore allée faire ta pute ! Tu es encore allé te faire sauter par l'autre enculé de facteur ! hurlait François. 

- Mais tu dis n'importe quoi ! En plus, c'est un pédé ! Arrête un peu, je ne suis même pas sortie de la journée ! 

- Tiens salope ! Ferme ta putain de grande gueule ! 

- Arrête, tu me fais mal ! Mon Dieu, mais, arrête ! Je t'en supplie ! Arrête ! Il y a le petit ! implora Évelyne en larmes. 

Les coups pleuvaient sur la jeune femme sous les yeux d'Éric, un petit garçon blond, au regard bleu azur et aux délicates fossettes, d'une dizaine d'années, leur fils. Soudain, il y eut un coup de feu, le couple de retraités alla se poster derrière leur fenêtre.

- Qu'est-ce que tu as fait ? hurla Évelyne totalement paniquée. Tu es un monstre ! Comment as-tu pu faire ça à... 

Il y eut un second coup de feu puis le silence régna dans la ruelle. Dix minutes plus tard, la petite rue de Guin grouillait de policiers en uniformes. Les gyrophares allumés illuminant la petite vingtaine de curieux venus voir ce qu'il se passait. Vingt-deux heures quarante-quatre. La police scientifique ayant fini ses relevés, les employés de la morgue chargeaient deux corps. Deux personnes de taille adulte, un homme et une femme, tués par balle. 

- Ils ont un enfant, un fils. Je crois qu'il s'appelle Éric, alla dire Henry aux policiers qui interrogeaient le voisinage. Il doit avoir une dizaine d'années, peut-être onze enfin, je crois. Il est si discret, si gentil, si poli. Pauvre pitchounet. 

Les policiers allèrent relayer l'information auprès de l'inspecteur chargé de l'enquête. Il n'y avait aucun enfant sur place, tout juste une photo d'une petite tête blonde aux yeux bleus et au sourire d'ange qui lui dessinait de jolies fossettes. Un avis d'enlèvement fut aussitôt diffusé dans tous les commissariats de France ainsi qu'aux gendarmeries et aux douanes. Pauvre gosse, pensa André Robert, jeune flic devenu inspecteur depuis à peine six mois, personne n'abandonnerait jamais les recherches jusqu'à ce qu'on le retrouve. En tout cas, pas tant que lui serait en vie, il s'en fit la promesse.